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Présentez-vous à nos fidèles lecteurs

MOD: Il faut dire que je ne suis pas doué pour les présentations, mais je vais quand même faire l'effort : je me nomme Mr Diallo Mamdou Oury, j'ai respiré le vent du crépuscule de la première république, mais j'ai vécu pleinement les bienfaits et les méfaits de la deuxième république ; j'ai eu mes deux BAC au Lycée de l'Indépendance (02 Octobre) à Conakry, et je suis au terme des mes études supérieures pour le cycle du Bachelor au Royaume du Maroc ; Antithèse par définition de la deuxième république, je suis correspondant depuis quelques années de nlsguinee.com au Maroc. Voilà ! J'espère que j'ai réussi (rires).

Par ailleurs sachez que c'est un très grand honneur pour moi que d'être sollicité par un media électronique indépendant, et je ne saurais introduire cette interview sans pour autant saluer l'opportunité que vous me donnez d'exprimer librement mes pensées sur les diverses questions que vous voudrez bien me soumettre.

Contrairement à beaucoup de mes confrères interrogés précédemment sur l'émergence de l'Internet comme moyen d'information dans l'environnement médiatique guinéen, je suis de ceux qui pensent que les médias on-line jouent un rôle très important, non seulement dans l'exercice démocratique de sa liberté et de son droit d'expression, mais également dans la culture du consensus et d'acceptation d'autrui. Les medias on-line s'avèrent d'ailleurs plus utile qu'on ne pourrait l'imaginer, il a fallut la crise de janvier 2007 pour s'en rendre compte.

Donc, il serait important pour les critiques et observateurs indépendants que nous sommes d'oeuvrer tous ensemble pour l'expansion de la presse électronique et sachez que, encore une fois, c'est un grand honneur pour moi aujourd'hui de me prêter à vos questions !

1) La situation politique, économique et sociale en guinée semble baigner dans une certaine anarchie. En tant qu'observateur averti, quelle lecture en faites-vous?

MOD: Vous savez, toute nation et tout pays qui aspire à un avenir radieux est appelé à faire des sacrifices, et souvent d'énormes sacrifices ; croyez moi, la Guinée ne fera pas exception à cette règle. Donc, personnellement, je relativise beaucoup la dégradation de la situation politique, économique et sociale en Guinée. Néanmoins, cela n'empêche de faire une lecture critique de l'état socio-économique et politique en Guinée.

Du point de vue socio-économique, il n'y a aucun doute, l'appareil étatique est complètement en faillite. Vous n'avez qu'à vous rendre dans les centres de santé, dans les établissements scolaires, dans le petit marché du quartier ; vous n'avez qu'à observer l'évolution du niveau de vie du guinéen moyen ainsi que celui de cet énorme bataillon jeunes sans avenir certain ; vous n'avez qu'à voire l'état des moyens et voies de transport, sans parler d'une grandissante insécurité baignée dans un manque d'électricité et d'eau potable. Ajouté à cela, une justice et une administration corrompues, accompagnée d'une lourdeur administrative inimaginable pour l'époque que nous vivons. Ce sont pourtant là les domaines de l'Etat, et, vous rendez-vous compte, en Guinée, c'est là où l'Etat est le moins présent.

Il faut se rendre à la Banque Centrale et dans les banques commerciales, dans le commerce, dans l'ombre de l'attribution des marchés publics ; il faut vraiment se rendre dans le secteur privé pour retrouver partout les bras long de l'Etat.

Alors, sans aucun doute, je pense que l'insurrection de janvier 2007 n'est que l'expression franche d'une population guinéenne complètement négligée et oubliée par les autorités publiques. D'ailleurs, je profite de la période de commémoration de la répression de janvier 2007 pour saluer hautement la mémoire de nos parents qui sont tombé sous les balles de la junte guinéenne.

Du point de vue politique, pour le jeune observateur que je suis, il serait un peu maladroit de porter un jugement sur les méthodes des récalcitrants du terrain. Cependant, il ne faut pas être une « bête » politique pour percevoir la frivolité de la classe politique guinéenne. Nos politiciens trouvent beaucoup plus de temps pour se critiquer entre eux que de répondre aux attentes des citoyens.

Selon vous, quel pourrait être l'objectif fondamental d'un homme ou d'une femme politique guinéenne aujourd'hui si ce n'est, en premier lieu, le rétablissement de la démocratie, c'est-à-dire d'isoler l'appareil étatique et toutes les institutions républicaines des forces armées.

J'ai vraiment peur que la classe politique guinéenne ait mal interprétée les évènements de janvier 2007, car ces évènement nous ont montré l'image d'un peuple uni, sans distinction régionale, ethnique et politique, contre une dictature sans retenue. Par contre, les politiques continuent encore leurs méthodes sectaristes en reléguant au second plan l'intérêt général.

Nos politiques veulent nous faire croire que l'union d'action est impossible entre Mr Alpha Condé, Mr Sidya Touré, Mr Bah Ousmane, Mr ..., alors que la population guinéenne vient de démonter que « la Forêt, la Savane, les Montagnes et le Bord de l'atlantique » peuvent bien être uni contre la dictature militaire en Guinée. Et pire que tout, lorsqu'on s'aperçoit qu'il y a même des partis d'oppositions qui préfèrent faire alliance avec le PUP que de former un bloc contre le PUP, c'est vraiment sidérant tout ça.

Ce n'est surtout pas pour ne porter que des critiques négatives à une classe politique guinéenne qui, depuis l'avènement de la deuxième république, n'a jamais cessé de tirer les citoyens vers la démocratie. Cependant, je pense qu'aujourd'hui, la population guinéenne, vu cette limite des politiques, s'est complètement replacée devant une classe politique guinéenne qui ne lui suscite plus aucune inspiration, ni ne nourrit aucune aspiration.

Vous savez, ma conviction en politique est la suivante : « faire de la politique en Afrique, particulièrement en Guinée, c'est être prêt à sacrifier sa vie pour l'amélioration du bien être de millions de populations en dessous du seuil de pauvreté. Il s'agit d'être partout où les droits du citoyen sont violés, d'être prêt à prendre la gifle à la place du citoyen et surtout être prêt à faire de la prison son second foyer. Ça n'a rien à voire avec la politique politicienne ou la politique par la poche. C'est vraiment ma conception de la politique et c'est la raison pour laquelle je pense que prendre la décision de faire de la politique en Afrique, c'est faire le choix entre s'appartenir ou appartenir à ces millions de populations qui savent ce qui leur manquent mais qui n'ont aucune idée de comment ça fonctionne ».

Ne pensez-vous pas que c'est cette manière de faire de la politique que la population guinéenne réclame aujourd'hui ?

En tout cas, vous conviendrez avec moi qu'il est très difficile de comprendre le silence et l'inertie totale de la classe politique guinéenne sur, au moins, l'établissement d'une commission d'enquête sur les tueries de juin 2006 et ceux de janvier 2007. Comme beaucoup de mes compatriotes, je suis convaincu que les problèmes politiques font perdurer la crise sociale et économique en Guinée, raison pour laquelle je pense que l'émergence d'une nouvelle façon de faire de la politique est nécessaire pour sortir définitivement la Guinée de cette léthargie.

C'est ma lecture de la situation socio-économique et politique en Guinée, et je ne saurais y terminer sans pour autant condamner fermement l'arrestation, la détention et la séquestration arbitraire de l'un des responsables politiques du RPG, Mr Lansana Komara, par les autorités guinéennes.

2) L'affaissement moral dénoncé par certains et qui se manifeste par la transhumance politique, l'achat de conscience, des détournements, etc.... serait la conséquence de la crise économique en guinée?

MOD: Vous savez, je pense que les crises économiques font partie de la vie des nations et nous pouvons citer une dizaine de crises économiques qui ont secouées pas mal de pays comme l'Argentine, le Chili,... Certes ces crises ont dévoilées un certain laxisme dans la gouvernance des autorités publiques, mais ce n'est pas pour autant qu'elles ce sont accompagnées d'un dévoiement de l'élite de ces pays. Tout au contraire, dans tout ces pays cité précédemment, c'est grâce à une espèce d'union sacrée qu'ils ont su surmonter ces crises.

On dit souvent qu'une misère équitablement partagée est plus facile à supporter qu'une misère imposée à une classe spécifique de la société. Or il est nécessaire de savoir qu'il y a clairement une certaine classe d'élites guinéennes qui préfère cette situation de crise permanente. Je pense notamment à ces commerçants, aux forces de l'ordre, à l'armée et à l'ensemble des lobbies familiaux de kleptocrates.

Pour répondre à la question, vue que les crises font parties de la vie des nations, je dirais donc que c'est plutôt le dépérissement des valeurs et l'affaissement moral qui font perdurer la crise économique en Guinée.

3) Mais entre la crise économique et le dépérissement des valeurs comment faire pour changer les choses ? Par où prendre le taureau par les cornes pour sortir la guinée de la crise?


MOD: Comment faire pour changer les choses ? Je dirais tout simplement qu'il faut se réveiller tôt, très tôt. Il n'y a aucun doute que pour changer les choses en Guinée il faut absolument travailler. Il faut qu'on arrive à trouver du travail pour tous et que tout le monde, des grands centres urbains aux recoins du pays, que tout le monde aime le travail et s'y mette.

Alors, bien entendu, avant de garantir du travail à tous, il y a un énorme préalable à assurer, et ça c'est pour répondre à la question : « par où prendre le taureau par les cornes ? » :

Tout d'abord, je dirais qu'il faudrait absolument se doter d'un appareil étatique suffisamment solide et cohérent pour pouvoir engager des actions efficaces. Il s'agit d'assainir le fonctionnement et la gestion de l'administration publique, d'assurer l'impartialité de l'Etat et de son administration dans la gestion de la chose publique et d'accroître la responsabilisation à tous les niveaux de l'administration publique. Je pense que ce premier point mérite qu'on s'y attarde un peu.

Par « assainir le fonctionnement et la gestion de l'Administration publique », il faut comprendre l'engagement ferme des autorités publiques à réduire au maximum tout ce qui est paperasse administrative et surtout une gestion très rigoureuse de la dépense publique. Vous rendez vous compte que, selon les statistiques de 2005, les dépenses publiques en Guinée représentent 95% des recettes de l'Etat. C'est incroyable ! Donc, pour atteindre cet objectif d'assainissement de l'administration publique, en plus d'une restructuration de façon à avoir une administration cohérente et efficiente, il est pratiquement indispensable de se passer d'un « puissant organe de lutte contre la corruption ». Cet organe devra naître d'une espèce de conférence nationale au nom de la lutte contre la corruption ; il devra être politiquement indépendant et doté, constitutionnellement, de moyens matériels, humains et surtout du pouvoir d'enquêter sur n'importe quelle affaire de corruption et sur n'importe quelle personnalité étatique ou publique.

Par « assurer l'impartialité de l'Etat et de son administration dans la gestion de la chose publique », il faut comprendre, principalement, la fin de « L'Etat instrument des économiquement forts ». Il faudrait que le citoyen guinéen le plus reculé de la capitale sente la présence de l'Etat, il faudrait que l'économiquement faible soi conscient qu'il peut avoir raison de l'économiquement fort, et surtout il faudrait que les fonctionnaires de l'Etat soient véritablement compétents. Pour atteindre cette mission de l'impartialité de l'Etat, en plus de se servir des recommandations des rapports d'audits, il serait louable de généraliser, à tous les niveaux de l'administration publique, les appels à candidature pour n'importe quel poste public, si petit soit-il.

Par « accroître la responsabilisation à tous les niveaux de l'administration publique », il faut comprendre la nécessité de généraliser une gestion par objectifs pour toute l'administration publique. Ainsi, par exemple, le préfet devra s'expliquer ponctuellement sur l'évolution du taux de scolarisation dans sa préfecture ; le chef de quartier devra s'expliquer ponctuellement sur l'assainissement et l'insécurité dans son quartier ; les établissements scolaires publics devront s'expliquer sur les taux d'échec ;.... Pour atteindre cette mission de responsabilisation, il serait louable, en plus de la généralisation de la gestion par objectif, d'intégrer des services de contrôle interne pour chaque département administratif public.

Une fois que nous nous sommes doté d'un appareil étatique solide et efficace, je pense que la seconde mesure consistera à repérer les urgences sociales et à assurer la présence de l'Etat dans ces urgences. Il s'agit de faire de la réhabilitation des infrastructures de base une véritable urgence : eau, électricité, sécurité, pouvoir d'achat, santé, transport, emploi et stabilité politique.

A ce niveau aussi, il serait nécessaire d'éclairer un point très important : il s'agit de distinguer tout ce qui est « reformes conjoncturelles » de tout ce qui est reformes à moyen et long terme. Par exemple, aujourd'hui la Guinée est économiquement et socialement en urgence, donc c'est surtout de reformes conjoncturelles que nous avons besoins. Or, le plus souvent, la grande majorité des équipes qui se succèdent à la gouvernance de nos pays, par manque de moyens ou par le fait de ne savoir par où commencer, préfère engager des reformes pour le moyen et long terme lorsqu'il s'agit d'engager des reformes conjoncturelles, aggravant ainsi les crises économiques et sociales. D'ailleurs, je ne suis pas le seul à penser que c'est dans l'aptitude à pouvoir mener à succès les réformes conjoncturelles qu'il faut juger une équipe gouvernementale, car les reformes à moyens et longs termes sont pratiquement des cas d'école.

Ainsi, lorsque je dis de faire de la réhabilitation des infrastructures de base une urgence, il faut comprendre la nécessité d'engager des reformes conjoncturelles pouvant débloquer dans les 6 ou 10 mois la situation : que l'eau potable, l'électricité, le transport, la santé et les denrées de premières nécessités soient accessible à la majorité de la population, que l'insécurité cesse entièrement, que les opportunités d'emploi se multiplient et surtout que le pouvoir d'achat augmente, tout cela dans univers politique sain et stable.

Pour ce qui est de l'augmentation du pouvoir d'achat, il y a lieu de déplorer, dans le cas de la Guinée, les mesures qui consistent à augmenter, pratiquement chaque 6 mois, les salaires des fonctionnaires. Je pense que le salaire du guinéen est suffisamment élevé, il s'agit à présent d'augmenter son pouvoir d'achat. Augmenter son pouvoir d'achat revient, d'une part à assurer la stabilité des prix, et d'autres part à mener une bataille féroce contre la spéculation et l'inflation.

Assurer la stabilité des prix, conjoncturellement, ne revient aucunement à se substituer aux commerçants ou d'empêcher l'exportation des produits locaux, il s'agit plutôt de créer un organe ad hoc tripartie (Etat-Opérateurs économiques-Société Civile) qui sera chargé de libeller, tous les 6 ou 8 mois, le prix de toutes les denrées de premières nécessités sur le territoire national. Pour accompagner cette mesure, il faudrait engager parallèlement une lutte féroce contre les spéculations et le non respect des prix libellés, grâce à un organe public de contrôle des prix suffisamment actif. Le seul revers de la médaille pour cette mesure est le fait qu'elle occasionnera un volume de compensation élevé que l'Etat devra assumer. Conjoncturellement, c'est le prix de la stabilité des prix.

Puis, il s'agira, non pas d'augmenter les salaires comme le réclame les syndicats, mais plutôt de lutter sévèrement contre l'inflation. La première mesure conjoncturelle dans ce sens serait de responsabiliser entièrement la Banque Centrale. Quand on réalise que, selon des statistiques de 2005, la BCRG finance le déficit public à hauteur de 26% en moyenne annuelle, occasionnant ainsi une expansion annuelle moyenne de la masse monétaire de 35%. Voilà l'une des principales sources de l'inflation en Guinée. C'est de là qu'apparaît l'urgence d'assurer une indépendance fonctionnelle et organisationnelle de la BCRG par rapport aux pouvoirs publics.

Le mandat de la BCRG doit être clair, axé d'abord sur la stabilité des prix et puis sur un quota de réserves de change; Ce mandat de la BCRG doit être défini avec l'Assemblée Nationale et non dictés par le Gouvernement ; La nomination du Gouverneur de la BCRG doit résulter d'une procédure de nomination définit par l'Assemblée Nationale, et en aucun moment le chef du Gouvernement ne pourra être en mesure de le limoger ; Seule l'Assemblée Nationale devra être en mesure de définir le nombre d'années du mandat du Gouverneur de la BCRG, et de le limoger en cas de non respect de ses objectifs ; La BCRG doit disposer d'une autonomie opérationnelle pour conduire la politique monétaire sans restrictions, notamment fixer les taux d'intérêt sans interférence du gouvernement et limiter strictement le financement des déficits budgétaires ;

A ce niveau, il serait important de réaliser l'intérêt de rendre à la BCRG toute son indépendance et son autonomie, car cela revient à responsabiliser l'Etat par rapport à ses projets d'investissements prioritaires, mais surtout dans sa gestion de la dépense publique.

Une fois que nous avons restructuré l'appareil étatique de façon à obtenir une administration publique solide et efficace, puis que nous ayons engagé des mesures pour l'augmentation du pouvoir d'achat, alors il y a lieu de penser à mobiliser urgemment les énormes ressources qui nous permettront de rétablir les infrastructures de base : eau, électricité, sécurité, santé, transport, emploi et stabilité politique ; sans oublier l'énorme volume de compensation et de subventions publiques auquel il faudra faire face, d'autant plus que la BCRG ne sera plus manipulable et que l'argument du prix du baril persiste.

Avant de solliciter une aide auprès des instituions internationales, il faudrait d'abord se concentrer sur, et restructurer, tous les pôles de recettes publiques intérieures (recettes fiscales et non fiscales). Par exemple, au niveau de la douane, la restructuration et l'évaluation du personnel s'imposera afin de pouvoir sanctionner effectivement les contrebandiers, éradiquer certaines exonérations non réglementaires et assurer la rentrée des recettes douanières dans les caisses de l'Etat. De même, toutes les entreprises publiques ou semi-publiques devront y passer. Egalement, tous les agents fiscaux devront être, non seulement très professionnels, mais également jugé selon l'évolution du taux de recouvrement les impôts et taxes. Même les administrations territoriales seront responsabilisées et devront assumer au moins 50% de leurs propres dépenses de fonctionnement.

Cependant, il ne faudrait pas oublier qu'en Guinée, le gros poisson des recettes publiques provient des recettes minières, alors apparaît la nécessité de créer une direction publique chargée des affaires minières, une direction qui sera directement contrôlée et supervisée par la plus redoutable des commissions parlementaires, ceci afin d'assurer, non seulement la sauvegarde de l'intérêt général dans la signature des contrats miniers, mais également d'assurer effectivement l'entrée des recettes minières dans les caisses de l'Etat.

Vous conviendrez avec moi qu'avec une gestion de la dépense publique très rigoureuse, suite à la reforme de l'administration publique, conjugué à une mobilisation des recettes publiques, certes, vue l'importance des investissements (eau-électricité-santé-sécurité-emploi), nous connaîtrons un déficit public, mais ce déficit public sera certainement plus raisonnablement finançable par les institutions internationales ou les divers partenaires de la Guinée. Surtout pas par la BCRG, ce qui reviendrai au financement inflationniste que nous redoutons.

Pour ce qui est de l'insécurité, il s'agit de responsabiliser chaque chef de district, chaque chef de quartier, chaque maire, chaque préfet, chaque gouverneur, ... par rapport à la question. Il serait préférable de mettre les moyens et d'avoir un chef de quartier capable, entre autres, d'assurer la sécurité dans son propre quartier, que d'avoir un seul département pour assurer la sécurité dans l'ensemble de la ville. Bien entendu, tout ce dispositif devra être coordonné par le ministère de l'administration du territoire qui devra, lui-même, s'expliquer ponctuellement par rapport à l'évolution de l'insécurité.

Pour ce qui est de l'emploi, il est évident que le niveau de formation et la qualification du plus grand nombre de chômeurs en Guinée ne répondent aucunement aux offres d'emplois du privé, mais ce n'est pas pour autant que l'Etat, qui arrive à peine à assurer ses propres dépenses de fonctionnement, devra s'engager à être le plus grand recruteur. Bien entendu, l'Administration publique devra recruter en qualité dans les domaines nécessiteux : santé, éducation, gendarmerie, police ; La solution de l'emploi en Guinée est, conjoncturellement, ailleurs.

L'une des premières mesures consistera à reformer tout le système bancaire et de l'ensemble des institutions financières de façon à encourager l'octroi des crédits d'investissement aux jeunes entrepreneurs tout en respectant, scrupuleusement, toutes les mesures prudentielles.

A cet effet, il peut être crée, par l'Etat, une caisse de garantie qui sera prêt à compenser, s'il y a lieu, les défauts de remboursement des jeunes entrepreneurs, autorisant ainsi l'Etat à garder un œil sur la gestion de l'entreprise naissante pour les 3 années du business plan. Alors, par entreprise il ne faut seulement entendre une entité avec des dizaines d'employés, il peut y avoir aussi des entreprises unipersonnelles.

Ainsi, en plus d'un engagement ferme de l'Etat à garantir une stabilité et une concurrence la plus parfaite possible entre investisseurs, je pense que c'est la mesure conjoncturelle à engager pour lutter efficacement contre le chômage en Guinée.

Pour ce qui est de la stabilité économique et de la croissance, il sera nécessaire d'engager une reforme du régime de change car, il est important de comprendre que le régime de change affecte la stabilité de l'économie et sa compétitivité. « Lorsque les taux de change sont prévisibles, ils limitent l'incertitude dont souffrent les agents économiques dans leurs relations internationales, et sont donc, en principe, favorables aussi bien à l'investissement national qu'à l'investissement direct et au commerce ». Or, c'est en principe un régime de taux de change fixe qui permet d'atteindre le mieux cet objectif de stabilité de l'économie. Egalement, ce même régime de change fixe peut être adopté précisément en raison de la discipline anti-inflationniste qu'il suppose.

 

A ce titre, je pense qu'il serait préférable d'adopter la fixité du taux de change pour réussir, non seulement la relance économique, mais également et surtout la désinflation en Guinée.

Pour ce qui est de la stabilité politique, tout d'abord, vous serez certainement d'avis avec moi que vous ne pourrez engager toutes ces reformes conjoncturelles précitées sans pour autant disposer de suffisamment de pouvoir pour agir, donc il s'agit moins d'être un super ministre dotée d'un feuille de route que d'être président de la république pour y arriver ; De même, ces reformes ne donneront des effets espérés que lorsque les agitations politiques sont minimales, donc il est évident qu'il faut absolument décréter une véritable période de transition socio-économique et politique d'une durée minimale de 36 mois.

Par ailleurs, lorsqu'on sait que l'armée guinéenne à montrée toute son intention, en juin 2006 et janvier 2007, à ne jamais conjuguer le même verbe avec les forces du changement en Guinée, toute la question revient désormais à comment l'y contraindre afin de découler vers une période de transition effective, avec un chef d'Etat de transition suffisamment indépendant, moralement respecté et réellement compétent pour engager les véritables réformes, socio-économiques et politiques, conjoncturelles.

4) Pensez-vous qu'il y a une force, comme l'opposition, une certaine élite intellectuelle et la société civile, qui pourrait parvenir à y contraindre l'armée? Ou celles-ci ne font pas le poids?

MOD: Tout d'abord, je tiens à féliciter vivement, à encourager et à apporter mon soutient ferme à toutes les forces du changement en Guinée, notamment l'opposition politique et la société civile guinéenne, y compris la classe syndicale. Dire de l'ensemble de ces forces du changement qu'elles ne font pas le poids devant l'armée ne serait vraiment pas fondé.

Mais voyez-vous, je suis de ceux qui pensent que la Guinée ne saura aller de l'avant en ignorant son armée, donc il faut, comme toute les autres sensibilités sociales, que l'armée guinéenne aussi enclenche sa logique de réforme et de changement. Ainsi, au lieu de rester dans l'archaïque logique d'affrontement permanent entre le corps civil et l'armée guinéenne, il serait préférable d'engager dès maintenant des négociations sereines pour définir le nouveau statut de l'armée dans l'Etat guinéen.

D'aucuns qualifient cette démarche d'utopique, mais croyez moi que, si c'est pour l'édification d'une véritable démocratie en Guinée, tôt ou tard nous y arriverons. Comment pouvez-vous concevoir une démocratie dans laquelle l'armée nationale est partisane ? J'ai même l'impression que la majorité des politiques guinéens, tout en se neutralisant entre eux, cherche plutôt à plaire à l'armée guinéenne pour une possible coalition en vue de la formation de la prochaine dictature guinéenne. Leur idole n'est autre que le Général Lansana Conté.

C'est l'ensemble de ces raisons qui m'amène à briser dès maintenant ce tabou de la neutralité de l'armée nationale dans les jeux politiques, car c'est la première cause des dérives démocratiques que nous connaissons aujourd'hui.

Alors, oui, l'opposition politique et la société civile font bien le poids, mais veillons à ce que cet affrontement soi le plus démocratique que possible. Surtout veillons à ce que cet affrontement oppose le PUP aux forces du changement et non l'armée nationale aux forces du changement, sinon il n'y aura pas de victorieux : il n'y aura que des victimes.

5) Qu'en est-il de l'élite intellectuelle guinéenne?

MOD:
Il faut dire que depuis 1958, la Guinée n'a jamais cessée de saigner de ses ressources humaines. Alors que le Guinéen était pionnier et à la tête de la majorité des institutions sous-régionales et Africaines, aujourd'hui l'Etat guinéen refuse de payer même ses cotisations au sein de ces institutions. Quelle honte ! Il ne faut vraiment pas se voiler la face, ces intellectuels n'ont aucunement leur place dans la Guinée d'aujourd'hui et rien, absolument rien n'est fait pour encourager leur retour au bercail.

Un pays où vous n'avez pas droit d'être plus performant que votre supérieur hiérarchique ; un pays où on continue encore à distinguer intellectuels peuls, soussous, malinkés et forestiers ; un pays où vos projets ne verront le jour que si vous épousez l'idée du système ; un pays où votre liberté de penser est fortement limitée, où les transmetteurs de savoir arrivent à peine à laisser la dépense familiale à la maison, ...Pour ma part, je ne peux qu'être fiers de cette crème intellectuelle guinéenne qui fait l'honneur du guinéen dans leurs domaines respectifs hors de la Guinée, c'est vraiment formidable de savoir que « guinéen » ne rime pas toujours avec catastrophe, malhonnêteté et corruption.

Cependant, je pense qu'il est aussi nécessaire de rappeler à cette élite intellectuelle que nous allons beau avoir des honneurs hors de la Guinée, le seul honneur qui vaille la peine d'être aujourd'hui est celui de ses compatriotes en Guinée. Donc il est grand temps pour cette élite intellectuelle, qui se souci moins des affaires politiques, de s'organiser autour d'un « Lobby de l'intelligentsia guinéen » afin de peser de plus en plus pour l'émergence d'une troisième république amoureuse et assoiffée de savoir.

6) Est-ce que vous entrevoyez des germes d'une mutation à venir dans le cours terme?


MOD: Je pense qu'il est clair que nous nous avançons vers une période très instable politiquement et économiquement.


Tout d'abord, l'imminence de l'organisation des élections législatives, lesquelles élections seront une période d'exacerbation de tout genre pour les populations. De plus, au lendemain des législatives, si les résultats des urnes sont majoritairement validés, nous nous replacerons encore immédiatement dans une autre époque de tiraillement politique en vue des présidentielles de 2010. Donc, politiquement, rien, absolument rien n'est figé à court terme.

Egalement, en sachant que la croissance ne peut décoller, même légèrement, que dans la sécurité et dans un univers politique stable et prévisible, alors il est évident qu'il y a très peu de chance que les reformes engagées puisse donner des effets, d'autant plus qu'aucun investisseur sérieux ne s'intéressera à la Guinée d'ici 2011 et le forum de Paris en dit long la dessus. Donc c'est à une véritable aggravation de la crise socio-économique qu'il faut s'attendre à court terme.

Aisni, en conjuguant l'aggravation de la crise socio-économique à celle de la crise politique à court terme, même si je suis loin de le souhaiter, mais il y a lieu de s'attendre, dans les 8 mois avenirs, à un évènement à la hauteur de celui de janvier 2007 qui risque de précipiter l'idée de la nécessité d'avoir une armée nationale apolitique et de la prononciation d'une période de transition effective.

Néanmoins, il y a un facteur qui pourrait ramener l'enthousiasme entre population et autorités publiques, c'est le Sylli National. Espérons que le trophée de la CAN atterrisse vraiment à Conakry.

7) L'ex-mentor de Lansana Conté prend la tête de L'UFDG, pouvez-vous affirmer que L'UFDG est devenu le PUP en miniature?


MOD: Tout d'abord, je salue avec tout le respect que cela requiert, l'acte symbolique de Mr Bah Mamadou, ex-président de l'UFDG. Il faut le dire sans complexe, même si c'est un acte politique, il aura quand même été un acte précurseur.

Pour ce qui est de savoir si l'UFDG est devenu le PUP en miniature suite à la prise de la présidence de l'UFDG par l'ex-mentor de Lansana Conté, je me pose comme vous la question.

Cependant, comme Sidya Touré, Cellou Dallein Diallo a aussi, après des années de carrière dans les multiples gouvernements du PUP, une preuve de compétence à vendre et sur laquelle il est politiquement comptable. Attendons de voire ce que ça va donner, mais il ne faut pas oublier de sitôt que l'UFDG, c'est beaucoup de mentor à ne pas négliger, à commencer d'ailleurs par le Doyen Bah lui-même.

8) Votre mot de la fin

MOD: Je profite tout bonnement de cette nouvelle année 2008 pour renouveler mes vœux de nouvel an à l'ensemble des guinéennes et guinéens. Que mes vœux de quiétude, de compréhension, d'amour d'autrui, d'union, de solidarité et de paix nous accompagnent tout au long de l'année 2008. Je prie le Capable, l'Endurant, l'Eternel et le Juge de faire de cette année 2008 une année de Justice, de Révélation et de véritable Changement pour les millions de populations opprimées de part le monde, ainsi que pour les millions de personnes arbitrairement privées de leurs droits.

Bonne année 2008 à vous aussi, que la presse électronique connaisse un essor le plus remarquable que possible !

www.nlsguinee.com vous remercie

MOD: C'est moi qui vous remercie !