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ligue3.1.jpg« LA DÉMOCRATIE CONSOCIATIVE EST LE MODEL GUINÉEN »

 

Depuis la première république, la démocratie guinéenne, comme toute jeune démocratie, a logiquement fait les frais d’un éventail de bonnes et mauvaises décisions : c’est le prix de l’autogouvernance. A cet effet, il n’est plus nécessaire de rappeler à quiconque les résultats de notre autogouvernance, tant nos populations sont sujettes à l’extrême misère et exposées aux conséquences de cette même misère.

 

Autant les erreurs commises durant nos cinquante premières années d’autogouvernance ont été monumentales et regrettables, autant « la Ligue des Démocrates Réformistes de Guinée » pense que ces erreurs sont aujourd’hui suffisantes pour nous permettre de corriger notre démocratie et bâtir une nation viable et prospère. Rompre ce cycle cauchemardesque de descente aux enfers devient un « devoir citoyen » pour chacun d’entre nous, car, au-delà de cette limite, nous risquons tous de faire les frais de l’éclatement de notre nation avec tout ce que cela entraînera à court, moyen et long terme pour nos innocentes populations et notre magnifique pays.

 

En cela, le diagnostic du mal guinéen à fait couler énormément d’encre ces dernières années, et chaque analyste a réussi à identifier ce qui apparaît à ses yeux comme étant la cause de notre malheur. Non seulement aucune des analyses n’est plus vraie qu’une autre, mais de plus, nous observons que toutes les analyses abondent généralement dans le même sens, à savoir : la corruption et la mal-gouvernance.

 

Pour ce qui est de la corruption et de la mal-gouvernance, « La Ligue des Démocrates Réformistes de Guinée », pour avoir elle-même prescrit toute une batterie de recommandations en vue d’améliorer la bonne gouvernance, lutter contre la corruption et faire de l’Etat de droit une réalité guinéenne, atteste que la réussite et la mise en œuvre de ces recommandations requiert un préalable.

 

En quelque sorte, malgré que nous soyons convaincus que la corruption et la mal-gouvernance sont de véritables maux socioéconomiques et politiques pour notre pays, cependant, elles ne sont pas la cause première de nos malheurs. Cette affirmation se fonde sur la simple observation que : « quelque soi la volonté d’en découdre avec la corruption et la mal-gouvernance des différents acteurs crédibles qui se sont succédés à la direction des pouvoirs publics en Guinée, nous n’avons avancé qu’à reculons sur ce plan. A chaque fois, soit les bonnes intentions buttent sur un mur opaque difficile à pénétrer, soit elles adhèrent à l’establishment.»

 

Comprendre les fondements de cet establishment et essayer de pénétrer ce mur opaque sont l’objet de cette analyse. Pour la « Ligue des Démocrates Réformistes de Guinée », il n’y a aucun doute, la corruption et la mal-gouvernance dérivent d’une profonde déformation de notre démocratie, il s’agit de « l’ethnicisation » de la démocratie guinéenne.

 

Parce que l’Heure nous le dicte et le Devoir nous interpelle, voilà le sujet que « La Ligue des Démocrates Réformistes de Guinée » entend développer tout au long de ce résumé de recherche. Pour s’y prendre :

 

1. Dans un premier temps, nous allons aborder le concept d’ethnicisation de la démocratie guinéenne ;

 

2. Puis, dans un second temps, nous allons proposer les différentes issues pour « désethniciser » notre démocratie.

 

I- L’ethnicisation de la démocratie guinéenne

 

Compréhension et essai de définition : pour comprendre le phénomène d’ethnicisation de notre démocratie, il serait nécessaire de revenir brièvement sur l’esprit qui a animé l’histoire de la démocratie occidentale.

 

En effet, selon le philosophe anglais, Thomas Hobbes, « les besoins et les désires des individus sont le fil conducteur de l’histoire de la civilisation occidentale »

 

La justification à cette affirmation de Hobbes est la suivante : avant l’époque du féodalisme occidental, les sociétés occidentales étaient organisées en « clans ethniques » Le principal besoin de transition des organisations de type ethnique vers la féodalité s’est manifestée à partir du moment où les « clans ethniques » n’arrivaient plus à assurer la sécurité de leurs propres membres. C’est ainsi que ces clans se sont réorganisés pour être plus fort, en unissant leur force sous le commandement d’un seigneur pouvant assurer leur sécurité : ainsi naquit la féodalité. A ce niveau, nous percevons mieux la logique de Hobbes, car la principale cause du bouleversement historique des sociétés occidentales fut: le besoin de sécurité. En développant ce raisonnement, il apparaît également que le féodalisme occidental a décliné en réponse aux besoins changeant des individus, voyant en « l’Etat moderne » une structure mieux équipée pour assurer la sécurité de ses membres.

 

Ainsi, du pont de vue de Hobbes, « L’engagement total de l’Etat à assurer les besoins de sécurité de ses membres est à la base de la fondation des démocraties occidentales »

 

Par ailleurs, comparativement, il se trouve que les études sociologiques récentes sur l’Afrique ont été dominées par des paradigmes empruntés aux sociétés occidentales. L’un de ces paradigmes dominant fut justement l’assertion centrale de la théorie de la modernisation de 1960 qui stipule que : « Les organisations ethnocentriques disparaîtront des sociétés africaines et de celles des pays sous-développés dès que les racines d’un Etat moderne émergeront dans la culture politique de ces sociétés, répétant ainsi le schéma des civilisations occidentales »

 

Cependant, une observation critique de l’évolution des sociétés africaines fait apparaître le contraire de ces assertions. En effet, contrairement en Europe occidentale où le développement de « l’ethnocentrisme » et de « l’Etat » furent inversement proportionnel au cours de l’histoire, dans les sociétés africaines, l’ethnocentrisme grandi au fur et à mesure du développement de l’Etat. Dès que l’État cherche à dominer les affaires publiques en Afrique, l’ethnocentrisme bloque et ne fait aucune place aux institutions de l’État.

 

« En Afrique, l’Etat est perçu comme une institution par laquelle le pouvoir d’un clan est organisé sur une base ethnique mieux élaborée pour assurer la sécurité de ses membres »

 

Pour mieux comprendre cette divergence de perception que les sociétés occidentales et africaines ont de l’État, il serait absolument nécessaire de revenir un peu en arrière, notamment en examinant brièvement la relation qui a existée entre l’État et l’individu africain tout au long de son histoire, particulière aux époques de l’esclavage et de la colonisation.

 

En effet, il est facile d’observer que durant les quatre siècles d’esclavages (1450-1850) et pour la période de la colonisation, les intérêts extérieurs ont toujours fait équipe avec les États africains indigènes pour atteindre leur mandat de commerce d’esclave, de colonisation et d’exploitation en Afrique. Donc, dans les sociétés africaines, contrairement à l’occident, l’État n’a été qu’une source de malheur et de persécution pour les individus.

 

« Ces faits expliquent en grande partie la persistance de l’ethnocentrisme, considéré par les individus africains comme le seul refuge sûr contre l’oppresseur, assimilé à l’État-nation. »

 

A présent, pour prendre le cas de la Guinée, depuis la première république jusqu’à nos jours, malgré que les institutions de l’État soient neutres (langues, cultures et symboles), cependant, il est facile de remarquer qu’accéder aux structures de l’État est affilié aux réseaux de clientélisme et des partis politiques, lesquels réseaux ont, eux-même, des fondements ethnocentriques. Ainsi s’explique la facilité d’accès de quelques groupes ethniques aux structures de l’État, alors que les autres sont exclus.

 

Cela se vérifie dans la mesure où, en Guinée, la première république fut caractérisée par la prédominance de l’ethnie « Malinké » aux différentes structures de l’Etat et l’agression permanente contre les autres ethnies ; la deuxième république s’est également caractérisée, jusqu’à une date récente, par la prédominance de l’ethnie Soussou et la marginalisation des autres groupes ethniques qui, n’ayant pas accès aux structures de l’État et se sentant menacée, trouvent refuge dans leur propre clans ethniques tout en cherchant à accéder aux structures de l’État.

 

Dans ce contexte :

 

• Il devient beaucoup plus facile de comprendre pourquoi les réformes de l’administration publiques ne donnent absolument aucun résultat ;

 

• Il devient beaucoup plus facile de comprendre pourquoi la médiocrité, clientélisme et le népotisme sont des valeurs ancrées ;

 

• Il devient beaucoup plus facile de comprendre pourquoi les mesures de lutte contre la corruption et la mal-gouvernance ne peuvent être un succès.

 

• Il devient beaucoup plus facile de comprendre pourquoi l’État de droit ne peut être une réalité guinéenne.

 

Ces reformes ne peuvent être des succès car, non seulement la quasi-totalité des membres du clan ethnique au pouvoir, même en position de minorité, cherche à conserver le statu quo qui est source de sécurité pour eux, mais de plus, un corps étranger à l’ethnie au pouvoir n’y peut mener à bout une quelconque réforme susceptible de bouleverser l’establishment, source de sécurité pour l’ethnie au pouvoir.

 

Ce mur opaque sur lequel butent ces réformes nécessaires contre la corruption et la mal-gouvernance, ce mur opaque sur lequel butent ces réformes nécessaire pour une redistribution équitable de nos richesses, ce mur opaque sur lequel butent ces réformes nécessaire contre la corruption, ce mur opaque sur lequel butent ces réformes nécessaires pour l’État de droit en Guinée, c’est ce mur opaque que la Ligue des Démocrates Réformistes de Guinée qualifie de : « ethnicisation de la démocratie guinéenne. »

 

II – La désethnicisation de la démocratie guinéenne :

 

Briser ce mur opaque devient ainsi le préalable nécessaire et indispensable pour bâtir une démocratie équilibrée et un État-nation stable, garantir l’Etat de droit et mener à bout les réformes nécessaires au développement socioéconomique de la Guinée. Pour s’y prendre :

 

• Dans un premier temps, nous allons jeter brièvement un regard critique sur le lien « majorité-minorité » qui prévaut dans la construction d’un État-nation, à la lumière des démocraties occidentales ;

 

• Puis, dans un second temps, nous allons définir et proposer un certain nombre de mesures pour désethniciser effectivement notre démocratie.

 

1-Aperçu du lien majorité-minorité au regard des démocraties occidentales : il serait important de comprendre dors-et-déjà que c’est au niveau du lien majorité-minorité que se retrouve toute la matière de la construction d’un État car, telle qu’importée de l’occident, la démocratie devrait être sensible aux préférences (langues, cultures, symboles) du groupe majoritaire d’une nation. Ce qui a été synonyme, au cours de l’histoire de la civilisation occidentale, d’énormes répressions culturelles contre les minorités, pour ne pas dire épuration culturelle.

 

Par ailleurs, du fait de son histoire et du découpage colonial du continent africain, il apparaît l’impossibilité de dégager une majorité, dans le sens des sociétés occidentales, pouvant faire prévaloir sa langue et sa culture dans l’espace et au sein des institutions publiques. Partout sur le continent africain où il a été envisagé de construire des nations au sens des sociétés occidentales, c’est à dire absolument majoritaire, il y a eu des conflits ou des génocides. Pour prendre l’exemple du Soudan qui cherche à construire une nation en imposant la langue et la culture islamique dominante à toutes les minorités, reste à savoir s’il est temps de qualifier cet échec de génocide ou de crime contre l’humanité. De même, au Nigeria, la peur d’avoir un État bâti sur la langue, la culture et la religion du groupe dominant, les Hausa, a conduit à des conflits considérables.

 

En dépit de ces cas, il y a lieu de signaler que la plus part des pays africains sont composés de plusieurs groupes ethniques, non seulement victimes de viol socioculturel durant les périodes d’esclavage et de colonialisme, mais aussi, dont aucun ne représente plus de 30% de l’ensemble de la population. De plus, au sein des sociétés africaines, contrairement aux sociétés occidentales, les différents groupes ethniques n’aspirent pas à imposer chacun sa culture et sa langue comme référence pour l’ensemble. Cela explique la quasi-absence d’ethno-nationalisme, de lutte d’autonomie et de guerre de cessation, lesquelles pratiques sont propres aux démocraties occidentales.

 

Néanmoins, si la neutralité de l’État (langue, culture et symbole) et les caractéristiques des sociétés africaines ont permis de minimiser l’ethno-nationalisme sur le continent, cependant les luttes d’autonomie et de cessation ont ramené la problématique de la lutte démocratique des sociétés africaines à une lutte pour le partage du pouvoir entre les différents groupes ethniques. Ainsi, en dépit de la neutralité des institutions de l’État, il apparaît qu’accéder aux structures de l’Etat est affilié aux réseaux de clientélisme et des partis politiques, lesquels réseaux ont, eux-mêmes, des fondements purement ethnocentriques ; provoquant ainsi l’ethnicisation de nos démocraties et disqualifiant la possibilité de bâtir des Etats-nations de type occidental.

 

De ce panorama, il apparaît que bâtir une démocratie viable en Guinée revient donc à capitaliser sur les atouts propres à nos sociétés en termes de lien majorité-minorité, tout en veillant à la désethnicisation effective de notre démocratie.

 

2-La désethnicisation de la démocratie guinéenne : par désethnicisation de la démocratie guinéenne, nous entendons, non seulement changement de la perception que les individus ont de l’État, mais aussi, construction d’un véritable Etat-nation répondant aux caractéristiques de notre société.

 

En effet, lors de la précédente publication, nous avons souligné qu’en Afrique, particulièrement en Guinée, contrairement à l’occident, l’Etat est perçu comme une institution par laquelle le pouvoir d’un clan est organisé sur une base ethnique mieux élaborée pour assurer la sécurité de ses membres.

 

Désethniciser notre démocratie revient donc à concevoir un État ethniquement équilibré capable d’assurer la sécurité de toutes les ethnies qui composent notre nation, fussent-elles minoritaires. Il s’agit de passer de la perception de « l’État pour mon ethnie » à « l’État pour tous. »

 

Pour désethniciser une démocratie et bâtir un véritable État-nation, plusieurs solutions existent, cependant, pour le cas de la Guinée, nous allons nous intéresser aux deux principales: le fédéralisme et le consociationalisme.

 

A - Le fédéralisme : nous pouvons définir le fédéralisme comme une forme d’organisation d’un État dans lequel le pouvoir est reparti entre États fédérés et État fédéral. Une fédération, selon G. Scelle, se caractérise par :

 

• Le principe de séparation : les compétences étatiques sont réparties entre gouvernement fédéral et gouvernement des Etats fédérés ;

 

• Le principe d’autonomie : chaque ordre de gouvernement est autonome ou souverain dans son domaine de juridiction ;

 

• Le principe de participation : les entités fédérées sont représentées et participent aux prises de décisions fédérales.

 

En quoi le fédéralisme peut être considéré comme un outil pour bâtir un État-nation ou désethniciser une démocratie? En effet, comme nous l’avons mentionné plus haut, grâce aux faits historiques et aux caractéristiques des sociétés africaines, l’individu africain perçoit l’État comme une institution par laquelle le pouvoir d’un clan est organisé sur une base ethnique mieux élaborée pour assurer la sécurité de ses membres.

 

Par le fédéralisme, il ne s’agit pas de considérer cette perception que les individus africains ont de l’Etat comme étant un handicape, mais plutôt comme une force susceptible de se déployer dans une structure fédérale.

 

Concrètement, il s’agit d’aider chaque groupe ethnique à s’assurer d’être maître de sa propre sécurité par un État fédéré, plus ou moins centralisé.

 

Ainsi, confrontées à la tentative de construction d’un État-nation de type majoritaire (Arabique) au Soudan, les minorités ethniques demandent l’autonomie, le fédéralisme, et même la cessation dans les régions du Sud. De même, confrontées à la menace de construction d’un État-nation de type Haussa, les minorités ethniques au Nigeria demandent le fédéralisme et même la cessation à l’Est et au Sud. Dans ce contexte, malgré les défaillances observées, il apparaît que le fédéralisme peut être considéré comme un outil permettant de bâtir un État-nation viable.

 

Dans le cas de la Guinée, à ce stade, même si nous ne souffrons pas de conflits ethniques, cependant nous souffrons énormément de l’ethnicisation de notre démocratie. Le fédéralisme peut permettre de désethniciser notre démocratie dans la mesure où chaque groupe ethnique, qu’il soi majoritaire ou minoritaire, détiendra le pouvoir d’assurer la sécurité de ses propres membres à travers l’État fédéré.

 

Ainsi, il serait possible d’envisager quatre Etats fédérés représentant les principaux groupes ethniques de la Guinée ( Soussous, Peulhs, Malinkés et Forestiers.)

 

Avec ce schéma, force nous est de remarquer que les réformes socioéconomiques engagées par un gouvernement Soussou à plus de chance d’être bien accueilli et de réussir dans un Etat fédéré Soussou qu’ailleurs. Cela est aussi valable pour les gouvernements Peulhs, Malinkés et Forestiers dans leurs Etats fédérés respectifs. Par la suite, l’allocation des ressources et la représentation des Etats fédérés au sein de l’État fédéral se feront sur une base consensuelle avec des critères objectifs.

 

C’est ainsi que l’Etat fédéral constitue un outil pour construire un État-nation viable et désethniciser la démocratie guinéenne. Cependant, la « Ligue des Démocrates Réformistes de Guinée » émet de sérieux doutes quant à la pertinence de l’approche fédérale pour le cas guinéen.

 

Tout d’abord, le fédéralisme n’a de sens que lorsque nous observons de l’ethno-nationalisme avec une volonté d’autonomie et de cessation des différents groupes ethniques cohabitant. Chaque groupe ethnique cherchant à construire une nation identifiable à sa culture, sa langue et ses symboles. Or, en Guinée, à ce stade, aucun groupe ethnique n’a manifesté une quelconque volonté d’autonomie et de cessation. Cela laisse présager une légère propension à tendre, non seulement vers une culture supra-ethnique, mais aussi, vers la définition d’un « guinéen universel. »

 

Puis, l’une des conditions à la viabilité du fédéralisme est la nécessité que chaque groupe ethnique minoritaire ait une majorité dans sa propre zone géographique. Or, en Guinée, aujourd’hui, la mixité, le brassage, la migration et le métissage entre groupes ethniques ne garantissent pas à chaque groupe ethnique d’être majoritaire dans sa propre zone géographique. De plus, si à ce stade nous n’observons que 4 principaux groupes ethniques, il ne serait pas étonnant de constater, après passage au fédéralisme, l’émergence d’autres minorités qui risquent de fragiliser le système fédéral. C’est à ce niveau que le nombre 23 devrait nous interpeller, car il n’existe pas moins 23 ethnies en Guinée. D’où, si le fédéralisme peut être un outil pour bâtir un État-nation et désethniciser une démocratie, cependant, il apparaît que ce n’est pas l’outil qu’il faut pour la désethnicisation de démocratie guinéenne.

 

B- Le Consociationalisme : selon Lijphart, le consociationalisme repose sur le principe selon lequel : « il n’y a pas d’incompatibilité entre démocratie et sociétés plurales, mais plutôt entre sociétés plurales et démocratie majoritaire » Donc, une approche consociative peut aider à installer et maintenir un système démocratique stable dans une société plurale.

 

Avant d’aller plus loin, il serait nécessaire de procéder à quelques définitions nécessaires, notamment celle de « société plurale. » Une société plurale est une société divisée par des clivages segmentaires et où des partis politiques ont tendance à s’organiser suivant les mêmes clivages segmentaires. Les clivages segmentaires peuvent être de nature religieuse, idéologique, linguistique, régionale, culturelle, raciale ou ethnique.

 

Un modèle consociatif est caractérisé par l’abandon du principe majoritaire, sur base duquel une simple majorité politique suffit pour contrôler la prise de décision politique. Les quatre éléments principaux constitutifs de cet abandon sont la grande coalition, la proportionnalité, l’autonomie segmentaire et le droit de veto.

 

• La grande coalition : elle garantit la participation de représentants de tous les segments impliqués dans la prise de décision politique. Toutes les forces politiques et, par conséquent, tous les segments de la société, sont représentés dans une coalition de gouvernement par consentement mutuel ;

 

• La proportionnalité : la proportionnalité comme principe de représentation, notamment au niveau du parlement, mais également dans l’administration publique et dans l’allocation des budgets ;

 

• L’autonomie : un régime consociatif accorde une certaine autonomie segmentaire, surtout en ce qui concerne la gestion de certains domaines qui sont étroitement liés à l’identité des segments et qui ne concernent que les membres d’un même segment ;

 

• Le droit de veto : pour certaines matières de haute importance, un droit de veto élimine le risque qu’un segment minoritaire soit marginalisé et exclu de participation au processus de prise de décision par la majorité. Quand des intérêts vitaux d’un segment minoritaire sont en jeu, le droit de veto lui assure une protection essentielle.

 

En quoi le consociationalisme peut être considéré comme un outil pour bâtir un État-nation ou désethniciser une démocratie? En effet, nous avons vu précédemment que, en plus de la perception que les individus africains ont de l’État, toute la problématique de la lutte démocratique des sociétés africaine se résume à une lutte pour le partage du pouvoir entre les différents groupes ethniques. Ainsi, en dépit de la neutralité des institutions de l’Etat, nous avons également vu qu’accéder aux structures de l’Etat est affilié aux réseaux de clientélisme et des partis politiques, lesquels réseaux ont, eux-même, des fondements purement ethnocentriques.

 

Par le consociationalisme, contrairement au fédéralisme qui capitalise sur la perception que les individus africains ont de l’Etat pour construire un État-nation fédéral, nous cherchons plutôt, grâce à la grande coalition, à la proportionnelle, à l’autonomie et au droit de veto, à changer cette conception que les individus ont de l’État en démystifiant le lien « majorité-minorité » de telle sorte que chaque individu africain, quelque soit son appartenance ethnique, puisse se reconnaître à un État-nation unique.

 

Pour le cas de la Guinée, une fois que chaque citoyen se reconnaîtra à un État-nation unique, ni le Soussou, ni le Peuhl, ni le Malinké, ni le Forester ne se sentira menacé lorsqu’un gouvernement dirigé par une personne de groupe ethnique différent engagera des réformes socioéconomiques nécessaires pour le bien-être de l’ensemble. De plus, si jamais les dérives commencent à se faire remarquer, chaque groupe ethnique, indépendamment de sa position minoritaire ou majoritaire, dispose de quatre leviers pour limiter les distorsions.

 

Par ailleurs, il est nécessaire de savoir que le consociationalisme n’est pas une fiction car il a déjà fait expérience en Afrique, notamment au Burundi et au Rwanda, où les résultats escomptés n’ont pas été très satisfaisants ; Mais aussi en Angola et au Libéria où se fut une véritable réussite.

 

Ainsi, pour une Guinée où aucun phénomène d’ethno-nationalisme, de lutte d’autonomie et de cessation n’est à signaler, pour une Guinée où les différents groupes ethniques ont une propension à tendre vers la définition d’une culture supra-ethnique, et pour une Guinée où la langue, la culture et les symboles de l’État sont neutre, le consociationalisme pourrait apparaître comme le modèle idéal pour :

 

• D’abord arriver à réconciliation les Guinéens avec leur passé ;

 

• Ensuite, construire un État-nation neutre et ethniquement équilibré ;

 

• Enfin, permettre les réformes socioéconomiques et politiques nécessaires au développement de notre pays ;

 

Aujourd’hui, en Guinée, non seulement nous sommes en face d’une ethnicisation de notre démocratie, mais de plus, la réalité nous amène à observer que nous sommes entrain d’insister sur un modèle de type majoritaire qui veut que la majorité politique dispose de tous les pouvoirs de décision. Cela parce que, depuis le coup d’Etat du 23 décembre 2008 en Guinée, toutes les formations politiques guinéennes sont aux aguets et prêtes à se lancer dans la course aux élections. La prochaine formation politique qui réussira à se tailler « la majorité électorale », mènera sans doute les réformes socioéconomiques nécessaires à la sauvegarde de la sécurité du groupe ethnique auquel elle appartient, et les autres se verront à nouveau marginalisées.

 

Sur cette tendance, il y a fort à parier que nous nous dirigeons droit vers le chaos car, si les putschistes ont bien l’air de maîtriser la situation en Guinée aujourd’hui, cependant la vie socioéconomique et politique que nous connaissons fait couver un énorme cocktail de tensions intra-troupes, conjugué avec des tensions ethniques et économiques qui ne tarderont pas à s’exprimer brutalement.

 

En tout état de cause, la « Ligue des Démocrates Réformistes de Guinée » est convaincu que la solution passe inéluctablement par une période transition démocratique suffisante pour implanter les racines d’une démocratie consociative, synonyme de stabilité, de réconciliation, de désethnicisation et de réformes socioéconomiques.

 

« La démocratie, ce n’est pas simplement la Loi de la majorité, c’est la Loi de la majorité respectant comme il convient le droit des minorités » Clement Richard

 

« DIVERSITÉ - LOI - LIBERTÉ »
Mamadou Oury Diallo
Président de la LDRG