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ligue3.1.jpgGuinéennes et guinéens, très cher(e)s compatriotes,

En ce jour du 8 mars nous célébrons la 100ème Journée Internationale de la Femme. C’est l’occasion pour la Ligue des Démocrates Réformistes de Guinée de renouveler son engagement aux côtés de toutes celles et de tous ceux qui luttent chaque jour à travers la planète contre l’une des INJUSTICES les plus préjudiciables à notre humanité : c’est la discrimination liée au sexe, la discrimination faite aux femmes.

                          

Que ça soi dans la vie socioéconomique, dans la vie publique, dans la vie professionnelle ou dans la vie conjugale; que ça soi en période de paix ou de conflits, la discrimination faite aux femmes entraîne chaque jour sur notre planète, dans un silence lourd et coupable, des crimes à grandes échelles. Ce sont des crimes motivés par la simple volonté de l’homme de dominer la femme. Ce sont des crimes motivés par la simple volonté de l’homme d’afficher sa fameuse virilité.

 

Ce 8 mars est donc une nouvelle occasion pour moi, au nom de la LDRG, de saluer d’abord à sa juste valeur les efforts inlassables que fournissent toutes ces personnes et toutes ces organisations qui œuvrent, non seulement pour ne plus que ces crimes à grandes échelles restent sous silence, mais surtout, pour permettre aux femmes du monde entier de reprendre par elles-mêmes tous leurs droits dans nos sociétés.

 

Mes cher(e)s compatriotes,

En ce 8 mars mes pensées vont particulièrement aux femmes guinéennes, celles que je côtoie et que je connais le mieux. Contrairement à ce qu’on essai de nous faire croire ces dernières années, connaître la femme guinéenne ce n’est pas créer une organisation de femme dans son parti politique, ni leur concéder des faveurs à l’approche des élections, encore moins leur distribuer des trophées à tout va. Connaître la femme guinéenne, c’est connaître son histoire. Connaître la femme guinéenne, c’est connaître ses conditions socioéconomiques. Connaître la femme guinéenne, c’est connaître son quotidien. Connaître enfin la femme guinéenne, c’est partager ses espérances.

 

L’histoire de la femme guinéenne est l’histoire d’une lutte de libération entamée avant, mais surtout aux lendemains du 28 septembre 1958. En effet, alors qu’à l’origine la société africaine était une société matriarcale, c’est-à-dire une société au sein de laquelle la femme assume un rôle primordiale, les vagues d’immigrations successives venant du nord musulman du continent, doublé de la sombre période coloniale, ont finalement complètement transformé en l’espace d’un siècle et demi le statut de la femme dans nos sociétés africaines. Désormais, les femmes seront considérées comme une marchandise et un objet de propriété. Elles verront leur personnalité et leur dignité constamment bafouées. C’est ainsi que la période coloniale viendra renforcer la disqualification sociale des femmes en les maintenant dans l’ignorance et l’incapacité professionnelle.

 

En plus des coutumes et traditions religieuses rétrogrades, grâce aux pratiques coloniales, il ne sera désormais réservé aux femmes que des emplois subalternes et domestiques, non seulement contraires à la place historique qu’elles ont occupée dans nos sociétés, mais aussi, contraires à tout principe de liberté sociale et de respect de la personne humaine.

 

C’est dans ce contexte que, à partir des années cinquante, avec la promesse de la LIBERTÉ, la femme guinéenne sera un acteur important dans le mouvement de libération nationale de la Guinée. C’est d’ailleurs l’occasion ici de rendre un vibrant homme à l’une des meilleures d’entre elle, Mme M’Balia Camara, une martyre nationale qui symbolisera la volonté de libération de la femme guinéenne du joug colonial, traditionnel et religieux.

 

C’est ainsi qu’à l’occasion du 28 septembre 1958, si la femme guinéenne, à l’image du Peuple de Guinée, s’est libérée du joug colonial, cependant, allait commencer sa lutte contre les construits sociaux traditionnels et religieux qui la maintienne dans un rôle d’instrument domestique et économique de second plan. À ce titre, en dépit du caractère tyrannique que recouvrira la première république au fil des années, cependant, il faut reconnaître que des pas importants furent franchis dans le processus d’émancipation et de libération de la femme guinéenne. Les femmes seront relativement assez sollicitées dans la vie politique, culturelle et économique guinéenne. Pour ce qui est de l’émancipation, par exemple l’âge du mariage sera ramené à 17 ans et le consentement de l’épouse sera désormais exigé ; de même, le montant de la dote sera rabaissée. La reconquête par la femme guinéenne de ses droits atteindra son paroxysme le 27 août 1977, au moment où la révolution guinéenne était en pleine dérive. Suite à un incident avec des agents de la police économique du régime tyrannique, les femmes guinéennes démontreront leur force politique et feront plier le dictateur que nul n’avait su raisonner en son temps.

 

Ainsi, des vagues d’immigrations successives venant du nord musulman lors de la période précoloniale jusqu’à la révolte politique des femmes guinéennes du 27 août 1977, en passant par la période coloniale et la lutte de libération nationale, la femme guinéenne avait réussi à reconquérir une part très importante de ses droits et libertés.

 

Mais depuis août 1977 jusqu’à nos jours, la situation de la femme guinéenne n’a que très peu évoluée. Dans certains domaines, elle a même régressé. Aujourd’hui plus que jamais, les femmes sont plus pauvres que les hommes  et elles sont les plus durement affectés par la pauvreté en Guinée.

 

  • **La discrimination faite aux femmes guinéennes est même devenue systématique dans l’accès aux ressources nécessaires au développement socio-économique. Il est très facile d’observer qu’en Guinée les services de crédit, les fournitures d'intrants et de semences répondent généralement aux besoins des hommes chefs de famille ;

 

  • **Malgré qu’il soi prouvé que le manque d’éducation est l’une des causes principales des taux élevés de sous-alimentations, de mortalité infantile et d'infection par le VIH/SIDA, encore de nos jours, plus de 30% des jeunes filles guinéennes n’ont pas accès à l’école. Et parmi celles qui ont accès, moins de 25% arrivent à compléter l’enseignement primaire ;

 

  • **Les disparités de genre dans la sphère publique et politique restent également particulièrement préoccupantes en Guinée. Jusqu’en 2004, notre Assemblée nationale comptait moins de 19% de femmes.  La Guinée n’a jamais connu un gouvernement comptant plus de 15% de Ministres femmes. Dans les entreprises publiques, c’est à peine si les femmes représentent 5% des Directeurs nationaux. Dans la vie diplomatique, en 2004 les femmes ne représentaient que 9% des Ambassadeurs. La Guinée n’a connu aucun chef d’État et aucun premier ministre femme. De même, la Guinée ne compte aucun Gouverneur de région et aucun préfet femme. C’est à peine si les femmes représentent 1% des leaders politiques en Guinée.

 

Mes cher(e)s compatriotes,

Au vue de ces réalités et de ces quelques statistiques, nous nous rendons compte à quel point les femmes guinéennes sont étouffées sous le poids du machisme et de la domination des hommes. La femme guinéenne est même persécutée jusque dans notre code civil en ses articles 324 et 359.

 

  • **L’article 324 affirme que : « le mari est le chef de famille. Il exerce cette fonction dans l’intérêt commun du ménage et des enfants. La femme concourt avec le mari à assurer la direction morale et matérielle de la famille, à pourvoir à son entretien, à élever les enfants et à préparer leur établissement. »

 

  • **Quant à l’article 359, il affirme que : « sauf accord spécial entre les parties, les enfants dès qu’ils auront l’âge de 7 ans seront confiés à leur père. »

 

C’est finalement la conjugaison de l’ensemble de ses persécutions socioéconomiques, traditionnelles, religieuses et juridiques qui, non seulement maintient la femme guinéenne dans un état de soumission et de docilité, mais aussi, provoque le dernier mal dont elle souffre énormément en Guinée : c’est la violence.

 

En dépit de fait que la violence faite aux femmes guinéennes s’est accentuée au fil des années, cependant, ces dernières années elle a atteint une dimension assez préoccupante. Désormais, des mercenaires armés violent impunément au grand jour nos filles, nos sœurs, nos tantes et nos mères. Ce sont là des actes inacceptables et impardonnables contre lesquels nous nous devons de lutter jusqu’au bout.

 

Guinéennes et guinéens, très cher(e)s compatriotes,

Connaître la femme guinéenne, c’est être au fait de son histoire et de ses réalités telles que nous venons de l’exposer de manière assez concise. Mais en ce 8 mars, la femme guinéenne attend plus que de simples états des lieux de notre part, nous la Génération nouvelle. En ce 8 mars, la femme guinéen attend de nous un soutient concret dans sa lutte quotidienne pour « la Dignité, l’Égalité et la Liberté ».

 

1-Dignité pour la femme guinéenne : il s’agit de faire de la femme guinéenne un véritable acteur économique et une partenaire fiable au développement. En effet, plusieurs études ont démontré que lorsque les femmes occupent le premier plan dans les projets de développement, lorsqu’elles accèdent aux terres cultivables et bénéficient des crédits de fonctionnement, l’impact sur l’amélioration des conditions de vie de la famille et des enfants est meilleur.

 

C’est la raison pour laquelle toute politique de réduction de la pauvreté en Guinée doit à la fois être durable et absolument reposer sur la femme guinéenne. L’objectif étant de favoriser l’indépendance et l’autonomie des femmes afin qu’elles dynamisent notre économie et soient responsables de leur propre avenir.

 

2-Égalité pour la femme guinéenne : en dépit du fait que rétablir l’égalité entre les sexes est un principe juste et éthique, mais de plus, c’est un élément essentiel de la vie sociale. C’est pour cette raison que la suppression de la discrimination faite aux femmes guinéennes s’avère être une priorité dont l’exécution ne requiert d’ailleurs aucun budget particulier. En plus de réviser les textes déjà existants, il suffit tout simplement de signifier sur le plan juridique l’égalité entre les sexes dans tous les aspects de la vie économique et publique guinéenne.

 

Pour y arriver, tout doit commencer par la loi suprême de notre nation : la Constitution. Il s’agit, tel que prévu au sein du Projet Nouvelle République, non seulement de constitutionnaliser un quota minimum de représentation des femmes de 30% dans l’Assemblée nationale et l’Administration publique guinéenne, mais aussi, de constitutionnaliser un « Observatoire de l’équité Genre » et un« Conseil national des femmes ». Ces deux derniers organes auront pour Mission d’évaluer d’une manière permanente le respect des indicateurs « Genre » dans la vision du développement durable, et servir de cadre d’orientation et de référence en matière d’égalité de chance et d’équité dans la vie socioéconomique, politique et publique guinéenne.

 

3-Liberté pour la femme guinéenne : il s’agit créer les conditions qui permettent à la femme guinéenne de parfaire sa libération du joug traditionnel et religieux. Pour y parvenir, la scolarisation de toutes nos jeunes filles et la parité fille-garçons dans nos salles de classe doivent être obligatoires. Non seulement l’éducation obligatoire permettra aux femmes guinéennes de se libérer du rôle d’instrument domestique et conjugal dans lequel la tradition, la religion et la colonisation les ont confiné, mais de plus, l’éducation munira nos jeunes filles des outils nécessaires pour : améliorer la santé maternelle, prévenir les maladies sexuellement transmissibles, mieux encadrer leurs enfants, et pouvoir combler tout l’espace intellectuel, politique et économique qu’elles méritent dans notre société.

 

Libérer la femme guinéenne, c’est aussi la soustraire des violences physiques et conjugales.

 

  • **Au titre des violences physiques, il s’agit de se donner tous les moyens de sensibilisation nécessaires pour complètement éradiquer l’excision en Guinée au bout de cinq années. Sur ce plan, il y a déjà des avancées et c’est l’occasion de saluer au passage le formidable travail que fait les associations qui œuvrent pour l’éradication de l’excision en Guinée. Ces organisations méritent d’être soutenues;

 

  • **Au titre des violences conjugales, il s’agit non seulement de renforcer la législation contre les violences conjugales, mais aussi et surtout, de créer dans chaque secteur et dans chaque quartier suffisamment de « Centres de plaintes » où les femmes victimes de violences conjugales ou d’abus sexuel viendront se confier. Ces « Centres de plaintes » accompagneront les femmes victimes dans une démarche de conciliation ou, en cas de récidive, dans une démarche judiciaire;

 

Libérer la femme guinéenne, c’est enfin mener une lutte farouche contre le fléau des violes de masse qui tend à s’étendre depuis quelques années en Guinée. À ce titre, la LDRG appui de toutes ses forces la proposition de l’UNESCO pour la création d’une commission internationale sur le viol et les violences sexuelles. Laquelle proposition est d’ailleurs également soutenue par la Cour Pénale Internationale. Nous ne devons jamais au plus grand jamais tolérer des actes aussi barbares et inhumains en Guinée. Les coupables de violes doivent subir les plus lourdes peines possibles.

 

Guinéennes et guinéens, mes cher(e)s compatriotes,

Vous l’aurez sans doute compris, pour la LDRG « Dignité, Égalité et Liberté » pour la femme guinéenne est synonyme de « Progrès, Prospérité et Développement » pour la Guinée. Après 50 années de gouvernance, le moindre des constats qui s’impose à nous est l’échec total des hommes dans le conduite de notre pays. Il est à présent temps que la femme guinéenne reprenne son rôle historique dans la marche de notre nation. Nous avons la conviction au sein de la LDRG que le développement de la Guinée passera nécessairement par une organisation qui reconnaîtra les femmes comme partenaires économiques essentielles, autonomes et indépendantes. C’est la « Vision féminine » que la LDRG à de l’avenir de la Guinée, et c’est à cette Vision que je vous invite en ce 8 mars 2011.

 

Honneur à la femme guinéenne!

Vive le Peuple du 28 septembre 1958!

Vive la LDRG! Pour que vive la Rép. de Guinée