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tahrir-fireworks.jpg Après la première vague révolutionnaire de 2011 qui a déchu le pharaon Moubarak, ils étaient nombreux les observateurs qui avaient pourtant prévu que rien n'est encore joué en Égypte, et que le processus serait relativement long et tumultueux. En février 2011, le camp des révolutionnaires comptait non seulement les libéreaux, les minorités religieuses, les féministes, les jeunes, mais aussi les islamistes. La place Tahrir était un gigantesque conglomérat de ce que l'Égypte compte de plus vivant et opprimé.

Mais que se passe-t-il en Égypte depuis le 3 Juillet 2013? En effet, depuis la première vague révolutionnaire, de l'eau a coulé sous le pont. Il y a eu l'élection d'une Assemblée constituante, la révision de la constitution égyptienne, un référendum, des élections présidentielles,...Tout au long de ce processus tout à fait démocratique, il y a un acteur qui s'était jusque là distingué: ce sont les Frères musulmans. Ils ont dominé l'Assemblée Constituante, ils ont dominé le Parlement, ils ont gagné les élections présidentielles, et ils ont provoqué un jeu chaise musicale au sein de l'indébounable armée égyptienne. Il faut encore le souligner, tout ce processus s'est déroulé de manière totalement démocratique. Et la démocratie, c'est aussi l'une des raisons pour lesquelles la première vague révolutionnaire avait déferlé sur la place Tahrir en février 2011.

Cependant, depuis ce 3 Juillet 2013, un an après la prise démocratique du pouvoir par le mouvement des Frères Musulmans, à nouveau une place Tahrir bondée de monde et l'armée égyptienne viennent de chasser du pouvoir l'homme des Frères Musulmans, le pharaon Morsi. Des questions se posent donc. Premièrement, que se passe-t-il réellement en Egypte? Puis, le processus révolutionnaire égyptien est-il interrompu?

1-Que se passe-t-il en Égypte?
À cette question, dans un premier temps, il faut dire que les Frères Musulmans qui ont lutté durant plusieurs décennies avant d'accéder au pouvoir ont non seulement sous-estimé le moment révolutionnaire que connais la société égyptienne, mais de plus, ils ont surestimé leur écrasante domination des institutions de la nouvelle égypte issue de Tahrir I. C'est le Département d'État des États-Unis qui avaient, au lendemains des élections présidentielles ayant portées le pharaon Morsi au pouvoir en Juin 2012, tout en félicitant le nouveau président, rappelé que la démocratie ne se limite pas à la tenue des élections. Il y aussi la protection et respect du droit des minorités. Les États-Unis avaient donc dès le départ invité le nouveau pouvoir à ne pas négliger cet autre aspect de la démocratie. Les Frères Musulmans ne semblent pas avoir pris ce conseil en considération. Alors que la place Tahrir I inspirait la modernité, les Frères Musulmans ont malgré tout maintenu leur programme politique idéologique d'islamiser l'Egypte à leur façon. Ce n'est pas ce que réclamait Tahrir I. Mais le nouveau pharaon, en pleine confiance de par sa légitimité institutionnelle et populaire (52% des voix aux élections présidentielles), n'a jamais remis en cause ses plans.

Tout au long de son année d'exercice, dans sa marche sourde en avant, il y a cependant eu un énorme bras de fer entre le pouvoir exécutif incarné par les Frères Musulmans et l'institution judiciaire égyptienne qui contient la dernière emprunte de l'ancien régime (Moubarak). L'enlisement de ce bras de fer amènera le pharaon Morsi à faire voter une loi spéciale en novembre 2012 pour s'arroger des pouvoirs exceptionnels sous le prétexte de sauver la révolution. Cette nouvelle loi fut celle qui donna réellement les pouvoirs pharaoniques à l'homme des Frères Musulmans qui avait de plus en plus du mal à avancer à marche forcée contre, d'une part des opposants de plus en plus nombreux dans la rue et qui refusent de voire Tahrir I se résumer à un simple plan d'islamisation de la société; et de l'autre, une épine institutionnelle qui paralyse le fonctionnement normale des institutions égyptiennes. Cette loi de novembre 2012 est donc le signal fort selon lequel les Frères Musulmans sont totalement fermés à tout dialogue et à toute prise en considération des aspirations de la rue. C'est ainsi que Tahrir II s'annonça. Au fur et à mesure de l'évolution du bras de fer, vue l'ampleur des protestations, malgré toutes les bonnes bonnes volontés que montrera le pharaon Morsi (propositions de Référendum, de gouvernement d'union,...) les opposants, galvanisés à la fois par la communion d'une place Tahrir ayant encore fraichement en mémoire le chute du pharaon Moubarak, et un appareil judiciaire menant une terrible fronde institutionnelle, ont refusé toutes les mains tendues du pharaon Morsi. Confronté à une paralysie instituionnelle et sociale aigue, et à une crise économique sans précédant, le pharaon Morsi, à l'occasion de l'anniversaire de sa première année de pouvoir, s'est vu offrir par l'indébounonable armée Égyptienne un ultimatum de 48 heures pour répondre Tahrir II. Ainsi, arriva le 3 juillet 2013: la fin du règne de Morsi.


À la lucture de ces évènements, il apparaît que ce qui se passe en Égypte n'est pas un deni de démocratie comme beaucoup d'observateurs le laissent entendre. Lorsqu'on est hors d'Égypte, il est évident que c'est un coup d'État contre des institutions légitimes qui vient de se produire. Cela, il n'y a aucun doute, c'est à condamner. Mais lorsqu'on vit en Égypte, lorsqu'on se trouve sur la place Tahrir, lorsqu'on est copte ou femme, ce qui vient de se produire est une victoire de masse et un nouvel espoir de voire les aspirations modernistes de Tahrir I, pour lesquels il y a eu près de 500  morts, revivres. En réalité, ce qui se passe en Égypte est un processus de parachèvement de la démocratie Égyptienne. Et sur ce coup, les États-Unis étaient de loin en avance car dès l'élèction de Morsi en 2012, le Département d'État l'avait bien annoncé:"...La démocratie ne se résume pas à la tenue d'élections. La protection et le respect du droit des minorités et des femmes en est un principe fondamental..." Et c'est justement parce que les Frères Musulmans ont négligé cet principe en moment révolutionnaire que leur pouvoir à achopé.

2-Le processus révolutionnaire est-il interrompu en Égypte? Une réflexion primaire laisserait entendre que "tout ça est terminé et que les militaires sont de retour au pouvoir. Circulez, il n'y a plus rien à voire". Mais cela n'est qu'une réflexion primaire. Qui peut encore imaginer aujourd'hui que la société Égyptienne, qui peut vraiment imaginer que la place Tahrir tolérera un quelconque pouvoir militaire en Égypte? Ce qui est vrai, c'est qu'au sein du mouvement révolutionnaire Égyptien, il vient d'y avoir une réelle décantation. À l'époque de Tahrir I, les Frères Musulmans faisaient partie intégrante du mouvement révolutionnaire. Cependant, depuis leur accession au pouvoir, ils ont trahi les idéaux de Tahrir I. Les Frères Musulmans sont donc devenus des révolutionnaires opportunistes aux yeux de Tahrir II. C'est à ce niveau que l'avenir du mouvement révolutionnaire Égyptien est entrain de se jouer.

Autant l'idéologie islamiste des Frères Musulmans ne passe pas chez les révolutionnaires de Tahrir II, autant Tahrir II ne pourra pas aller au bout de ses aspirations sans les Frères Musulmans. En quelque sorte, face au pouvoir militaire, Tahrir II et les Frères Musulmans sont obligés de trouver un terrain d'entente. Les Frères Musulmans doivent absolument revoire leur projet politique en y incluant dans tous les aspects de leurs projets la protection et le respect des droits des minorités religieuses et des femmes. C'est la profonde réflexion interne que doit mener aujourd'hui les Frères Musulmans pour se réconcilier avec Tahrir II. Ce courrant réformateur au sein des Frères Musulmans ne devraient pas être aussi marginal aujourd'hui car il y a certainement plusieurs d'entre eux qui estiment qu'il est très regretable, après avoir conquis durant plusieurs décennie le pouvoir, de le perdre sur une question, certes fondamentale pour les islamistes, mais non acceptable par la société Égyptienne. On ne gouverne pas que pour les islamistes et le smusulmans, mais pour l'ensemble de la société egyptienne, et aujourd'hui encore plus que jamais pour la place Tahrir. D'autre part, Tahrir II, en agissant de manière unilatérale dans la gestion de cette période de transition, n'arrivera jamais à parachever ses aspirations démocratiques. En effet, en agissant de manière unilatérale, Tahrir II n'aura pour allié dans la socété Égyptienne que l'armée. Il serait une erreur monumentale de compter sur le caractère démocratique et réformateur de l'institution militaire pour changer véritablement l'Égypte. Tout projet qui sera réalisé de manière unilatérale par Tahrir II avec l'appuis de l'armée sera un projet réalisé contre la moitié de la société Égyptienne (les Frères Musulmans). Les nouveaux opprimés seront alors à nouveau les Frères Musulmans, un statut qu'ils savent tellement bien exploiter partout en Égypte, dans les mosquées comme dans les villages les plus réculés. Cette faute des révolutionnaires de Tahrir II donnerait alors une telle force de persuasion aux Frères Musulmans qu'ils ne tarderont pas en quelques mois à faire déferler un mouvement radical et violent d'une ampleur jamais connue en Égypte sur la place Tahrir: ça sera Tahrir III.

Même en espérant que les Frères Musulmans se lancent immédiatement dans une autocritique par rapport aux évènements qui viennent de se produire, et que parallèlement, les révolutionnaires de Tahrir II ouvrent un espace de dialogue inclusif avec les Frères Musulmans, la réunification du mouvement révolutionnaire Égyptien prendra du temps. Et d'ici là, il est vrai, l'armée égyptienne a repris un rôle de premier plan. Le seul prétexte d'être la seule force d'interposition entre les deux camps est largement suffisant pour l'armée afin de garder pour de longs mois la main sur le pouvoir en Égypte. De ce fait, s'il n'y avait pas de doutes sur le sort qui lui était réservé il y a seulement quelques jours, cependant, désormais il n'est pas anodin de se demander que deviendra le pharaon déchu Moubarak detenu en prison et auditionné régulièrement par l'institution juridique. Il est utile de rappeler que le pharaon Moubarak est un soldat ayant servi l'institution militaire pour de longues années avant de devenir pharaon d'Égypte jusqu'à un certain soir de février 2012. De toutes façons, le seul aspect sur lequel le comportement de l'armée Égyptienne peut influer actuellement, c'est sur le caractère violent ou non-violent de cette nouvelle transition en moment révolutionnaire. L'attitude et le professionnalisme de l'armée seront extrêment déterminents. Continer à persécuter et à tirer à balles réelles sur les Frères Musulmans serait l'attitude la plus dangereuse pour l'Égypte et pour Tahrir II. Voilà le premier cas sur lequel les responsbales de TahrirII doivent immédiatement se démarquer vis-à-vis de l'armée égyptienne.

Sommes toutes, la décantation s'est opérée au sein du mouvement révolutionnaire égytien. Les Frères Musulmans doivent se lancer dans une autocritique profonde pour se réconciler avec Tahrir II. Tahrir II doit ouvrir immédiatement un espace de dialogue avec les Frères Musulmans et se démarquer des répressions militaires. En attendant, l'armée est de retour pour un bon moment au premier plan. Toute la responsabilité et tout le professionnalisme de l'armée Égyptienne sera mise en épreuve au cours des prochaines semaines. La révolution doute en Égypte.

Conclusion

En revenant au neud gordien de cette histoire, à savoir la démocratie et ses principes, il y a une bonne leçon à en tirer. On a toujours adopté l'Assemblée constituante comme le moyen de traduire les idées et les princpes de la révolution en réalité étatique. C'est pourtant ce modèle qui vient de montrer ces limites, non seulement en Égypte, mais aussi en Tunisie qui a du mal à s'en sortir avec la rédaction de sa constitution. C'est donc l'idée selon laquelle ceux qui rafleront la majorité des sièges au sein de l'Assemblée constituante auront mains libres pour rédiger arbritrairement leur constitution, la faire adopter et la faire respecter par tous qui pose un problème. La formule de l'Assemblée constituante marcherait bien au sein de société homogènes où les diversités ethniques, religieuses et culturelles ne sont pas marquées. Pour ces dernières sociétés, en moment révolutionnaire, la seule manière d'arriver à un consensus minimal sur les nouvelles structures institutionnelles et les nouvelles lois fondamentales, consiste à accoder une représentation équitable à toutes les braches de la société au sein de l'Assemblée constituante. La représentation équitable donnerait à toutes les forces révolutionnaires un poids équitable qui forcerait chaque frange de la société à consentir des compromis utiles. Cela éviterait sans doute l'attitude qu'a eu les Frères Musulmans égyptiens lors de la rédaction de la Constitution au sein de l'Assemblée constituante à laquelle ils avaient une majorité écrasante.

Mamadou Oury Diallo

Président de la LDRG

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