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South-Africa-Hope.jpgL'opposition libérale en Afrique du Sud a uni ses forces mardi pour affronter le président Jacob Zuma aux prochaines élections générales, présentant une candidate noire comme tête d'affiche pour tenter de bousculer l'hégémonie de l'ANC, au pouvoir depuis vingt ans.

Même si l'Alliance démocratique (DA), qui a fait 24 % aux municipales de 2011, a peu de chance de battre l'ancien parti de Nelson Mandela, elle parie qu'avec Mamphela Ramphele les électeurs seront moins réticents à faire des infidélités au parti généralement crédité pour avoir renversé le régime de l'apartheid.

Rien n'est moins sûr cependant.

Mme Ramphele manque de base électorale et c'est sans doute parce qu'elle peinait à trouver les voix et les fonds nécessaires pour percer qu'elle a sabordé la plateforme électorale Agang qu'elle avait fondée il y a moins d'un an.

 

«Mme Ramphele a accepté d'être notre candidate à la présidence pour les élections générales de 2014», a annoncé lors d'une conférence de presse au Cap Helen Zille, la présidente de la DA.

Le scrutin doit se tenir au deuxième trimestre, peut-être en avril.

«Il n'y a aucun risque qu'un parti avec Mamphela Ramphele comme candidate à la présidence puisse ressusciter l'apartheid», s'est sentie obliger d'ajouter, avec ironie, Mme Zille. L'ANC ne cesse de dénigrer la DA, au prétexte qu'elle est issue d'un parti blanc.

Mme Ramphele, une amie de trente ans avec laquelle des pourparlers d'alliance avaient achoppé en 2012, représente à 66 ans ceux qui ont lutté contre l'apartheid sans faire partie de l'ANC.

Elle fut la compagne du héros de la «conscience noire», Steve Biko, tué à 31 ans en 1977 par la police de l'apartheid.

«C'est un instant historique. Nous allons balayer l'excuse de la race et mettre au défi l'ANC d'être jugé sur sa performance», a renchéri Mme Ramphele. «Nous allons en finir avec cette carte raciale et la jeter aux poubelles.»

Là encore, rien n'est moins sûr.

Au pays du pardon et de la réconciliation prônés par Nelson Mandela, l'ANC a nourri ces dernières années des leaders jouant de plus en plus la carte du clivage racial.

Il y eut d'abord Julius Malema, président de la Ligue de jeunesse du parti de 2008 à 2012, exclu du parti, mais toujours sur la scène politique et prompt à réclamer des expropriations sur le modèle du Zimbabwe et à chasser les Blancs des terres ou des mines.

Le très sérieux vice-président de l'ANC Cyril Ramaphosa a récemment lancé lors d'un déplacement dans la province déshéritée du Limpopo (nord): «Si vous ne votez pas, les Boers (les descendants des premiers colons néerlandais, NDLR) reviendront prendre le contrôle sur nous.»

Même le président Jacob Zuma tient des discours teintés de nationalisme noir tout en cultivant subtilement ses bonnes relations avec les chefs coutumiers et ses réseaux dans l'Afrique du Sud profonde noire, grande oubliée des services publics, mais qu'il flatte par des mesures ultra-sensibles comme une future nouvelle vague de réclamations des terres au profit des populations autochtones d'ici 2018.

L'Alliance démocratique comprend déjà dans ses rangs plusieurs fortes personnalités noires comme Lindiwe Mazibuko, chef du groupe parlementaire à l'Assemblée nationale, ou Mmusi Maimane, candidat au poste de chef de gouvernement provincial dans la région de Johannesburg, mais Mme Ramphele est une alliée de choix.

Mais cette ancienne directrice de la Banque mondiale n'est pas une grande oratrice et n'a pas d'enracinement au-delà de l'électorat urbain et diplômé ni d'appareil politique comme l'ANC.

Elle partage en outre le même credo économique libéral que l'Alliance démocratique, quand l'ANC applique lui-même un programme plutôt libéral, mais enrobé dans un discours populiste et dans des alliances avec les syndicats et le parti communiste.

Depuis 1994, les élections en Afrique du Sud ont été invariablement remportées par l'ANC, faisant craindre un scénario digne des pays voisins, Zimbabwe, Mozambique, où les anciens partis indépendantistes règnent sans partage depuis des décennies.

L'ANC a vu son score s'effriter à 65,9 % en 2009, la DA grimpant à 17 % et faisant mieux encore en 2011 aux élections municipales (24 %).

«Même si l'ANC est affaibli et divisé, il n'est pas prêt de s'effondrer», pronostique cependant la politologue Susan Booysen, et Mme Ramphele pourrait tout au plus «faire gagner 2 % de plus» à la DA.

Source: http://www.lapresse.ca/international/afrique/201401/28/01-4733121-lopposition-sud-africaine-unie-contre-lanc.php

Tag(s) : #Afrique Australe